• Muriel de Saint Sauveur

Voyage au cœur du matriarcat

Nous pensons que notre modèle de société est unique, les hommes travaillent et dominent le monde. Cela a été ainsi de tout temps. Les femmes tentent de remédier à ce phénomène avec difficultés. Et si nous vivions l’inverse que se passerait-il ?


C’est ce qu’est allé voir le journaliste Ricardo Coler en décidant de vivre quelques temps chez les Mosuo, l’une des dernières sociétés matriarcales.

Les sociétés matriarcales sont rares et menacées d’extinction.

L’une d’entre elles se situe en Papouasie Nouvelle Guinée, c’est celle des Nagovisi.

La seconde est à l’ouest de Sumatra, c’est la minorité des Minangkabau.

La troisième se trouve dans le Nord de l’Inde, dans l’Etat de Meghalaya, ce sont les Khasi.


C’est d’ailleurs dans cet Etat que se trouve le seul mouvement au monde de libération de l’homme, « la société du cœur nouveau ». Mais c’est en Chine que Ricardo Coler a posé ses valises, dans la région de Luoshui, au Nord Est du Yunnan.




Ici les matriarches remplacent les habituels patriarches. Ceux sont elles les chefs de clan et c’est chez elles que demeurent les enfants et petits-enfants. Tous habitent la même maison qui s’agrandit ainsi au fil du temps. Les époux, pères et grand pères ne sont pas pris en compte dans la structure familiale. Chaque enfant vivra ainsi éternellement dans la maison de sa mère. Comme le décrit Ricardo Coler : ‘’un matriarcat est régi selon les principes de la matrilinéarité – un mode de filiation où prime l’ascendance maternelle – et du matrilocat, c’est à dire que les enfants vivent sous le toit de la mère, même s’ils sont déjà adultes et ont eux-mêmes une descendance ». Ainsi tout le monde s’occupe de tout le monde, personne n’est jamais seul et les biens ne sont jamais divisés. Les femmes sont les chefs, se répartissent le pouvoir et en sont heureuses. Elles font également le travail, « nous préférons nous en occuper nous-mêmes, comme ça va plus vite et c’est mieux fait » dit l’une d’entre elle.


Puisque tous les membres de la famille sont de même sang, famille et mariage sont incompatibles, Comme dit l’une d’entre elles, l’amour et le mariage ne font pas bon ménage. Il y a donc des rencontres, des amours qui se tissent et des nuits passées ensemble autant de fois que désiré, mais pas plus. Cela s’appelle le mariage de passage. Il n’y a pas, ou peu de jalousie, pas de possession et si l’on ne s’aime plus, on se quitte sans problèmes. Le géniteur n’est pas vraiment reconnu et le rôle de père n’a aucune importance. La richesse n’est pas une valeur sociale et l’argent n’est pas attirant. Le courage, la virilité ou la violence sont réprouvés.


Mais alors que font les hommes ? Rien ou si peu. En fait les hommes gèrent les conflits, les relations entre les familles, entre les autres minorités et obéissent aux femmes. Ils peuvent aussi être utiles pour construire des maisons ou transporter des objets, leur force physique étant alors un atout, mais c’est la chef de clan qui assure la survie du groupe, ce qui ravit les hommes.


Les Mosuos se comparent souvent avec l’ethnie majoritaire chinoise des Hans et l’on remarque que leur niveau de vie est bien meilleur. Quant aux hommes, ils constatent qu’ils devraient travailler et faire vivre une famille, mais ils n’en ont aucune envie. Mao a bien essayé de faire table rase de leur culture, considérant que les hommes ne participaient pas à la construction du pays et que leur vie sexuelle était débridée. Ils furent mariés de force et enrôlés au travail, mais les tentatives du gouvernement échouèrent et les Mosuos retournèrent très vite à leurs coutumes.


Ce qui me fascine dans la découverte de ce royaume est le bouleversement complet de nos croyances. Le rôle du père que nous jugeons si essentiel, la fidélité et la place du couple idéal et rêvé qui fait couler tant de larmes, la solitude de nos vies indépendantes et si pauvres en relations humaines.


Loin de moi de décrire un idéal, mais il me semble intéressant de constater que d’autres modèles existent et fonctionnent. Alors que nous regardons notre organisation démocratique occidentale comme le seul modèle ou tout au moins, celui qui doit nous rendre heureux, il est bon de voir que d’autres modèles existent et peuvent fonctionner.


Les femmes Mosuos ne se posent pas la question sur le fait que les femmes ne pourront jamais tout avoir – amour, famille, travail- car leur monde n’a rien à voir avec le nôtre et il leur semble normal de travailler plus que les hommes.

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