• Muriel de Saint Sauveur

La démocratie tunisienne

Ils étaient 90% à aller voter ce dimanche 23 octobre. Pour la première fois depuis 40 ans, les tunisiens et tunisiennes se disent « fiers et libres » de pouvoir donner leur avis sur l’organisation du gouvernement, et les membres de l’assemblée Constituante.


Mais ils ont aussi été plus de 40% à avoir voté pour le parti d’Ehnnada qui remporte 90% des 217 sièges devant le Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste) avec 30 sièges (13,82%) et Ettakatol (gauche) avec 21 sièges (9,68%).


Les femmes ne sont pas oubliées dans ce processus même si pour Soukeina Bouraoui, rien n’est gagné. Soukeina est une avocate tunisienne et elle est Directrice de CAWTAR (Centre de Recherches, d’Etudes, de Documentation et d’Information sur la Femme), elle était avec nous à Deauville au Women’s Forum et nous a donné son avis sur le sujet. «La Tunisie a une histoire tissée par les femmes. Tout le monde sait que l’on a eu Didon qui est venue du Liban et qui grâce à son intelligence a fondé Carthage. Aujourd’hui la révolution a été faite par les hommes et par les femmes à égalité. Ils s’étaient battus préalablement pour avoir la loi sur la parité. Sur les listes il y a 50% de femmes et 50% d’hommes. Mais il y a plus de 100 listes, ce qui signifie une grande fragmentation des voix.

Parmi les têtes de liste, il y a environ 10% de femmes, vont-elles passer ? Et si oui cela ne fera que 10%. Alors que si nous avions obtenu le quota, nous aurions demandé 30% et nous aurions eu les 30%. »


Comme Soukeina, je suis pour les quotas car sans cela rien ne peut avancer. Mais les risques vont aussi provenir de la démocratie elle-même. Une démocratie est un risque en soi, et les citoyens ne sont pas conscients de cette situation. Heureusement ils sont allés voter en masse, ce qui nous donne d’ailleurs une belle leçon à nous occidentaux qui méprisons aujourd’hui ce droit chèrement acquis hier.

Mais pour Soukeina, nous n’en sommes qu’au début d’une longue histoire : « Ces élections ne sont que la première étape pour rédiger une nouvelle constitution. On n’aurait pas du repartir de zéro, il y avait du bon dans notre constitution. Quel est le pays en dehors de l’Iran qui a fait table rase de sa constitution ? Aucun, et ce d’autant que notre constitution accordait des droits aux femmes très avancés. De plus, nous avons besoin d’aide en Tunisie, nous avons eu beaucoup de promesses mais aucun argent n’est arrivé. Or la Tunisie est un petit pays, nous n’avons pas besoin de beaucoup pour avancer. » Soukeina est très active sur le sujet de la femme dans les pays arabes. L’objectif de son centre de recherche est de faire du lobbying et argumenter mais aussi monter des projets de développement sur le terrain dans un pays. Et de cet exemple tirer une pratique pour la mettre en place dans d’autres pays. Soukeina précise aussi que les femmes étudient de plus en plus le coran, et peuvent désormais faire entendre leurs voix dans le monde musulman.

Souhaitons que cela soit le cas en Tunisie.


En tous les cas les tunisiennes et les tunisiens n’accepteront pas un retour en arrière quant à leurs droits et à l’égalité entre les hommes et les femmes. « Nous nous battrons pour cela » m’a récemment dit un tunisien.

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