• Muriel de Saint Sauveur

La beauté en période de confinement ne concerne pas que les femmes

17 Avril 2020, après 33 jours de confinement, je lis une chronique relayée par le réseau Grandes écoles au féminin et écrite par deux expertes belges ; elles réagissent contre les médias qui selon elles continuent à nous imposer des injonctions à la beauté comme s’occuper de sa peau, de ses cheveux, rester belles ou ne pas grossir ; ce qu’elles considèrent comme des injonctions anti féministes, à nous autres, pauvres femmes, qui devrions en ces temps difficiles, apprendre à lâcher.

J’ai eu envie de m’insurger contre leur position consistant à considérer que ces injonctions sur la beauté féminine nous enferment définitivement dans une pose passive d’objet désirable.

Vous me permettrez de ne pas citer les auteures – vous retrouverez facilement cet article - car je ne souhaite pas critiquer leurs propos mais proposer une autre manière de voir.

Celles et ceux qui me lisent connaissent mes ateliers centrés sur l’image de soi et la confiance en soi, ils savent aussi, que l’importance que j’accorde à l’apparence, selon moi, ne s’adresse pas uniquement aux femmes mais aussi aux hommes, à toute personne en fait.

L’être humain a nécessairement besoin de beauté pour vivre, et encore plus dans une période anxiogène et terriblement frustrante.

Confinées que nous sommes avec ceux avec lesquels nous vivons habituellement peut être extrêmement difficile, 24h sur 24h même avec ceux que vous aimez, ce n’est pas cela la vraie vie. Il me semble donc que la moindre des politesses est d’offrir un spectacle agréable aux personnes qui vivent sous votre toit. Ce ne sont pas des injonctions, mais des conseils. S’habiller le matin et non trainer dans un vêtement informe qui se nomme jogging, se coiffer, prendre soin de sa peau, de ses mains soumises à lavages fréquents, ne pas grossir car l’on voit bien que c’est un problème de santé, les personnes obèses étant atteintes en plus grand nombre du Covid 19.

Toutes ces attentions que l’on porte aux autres sont pour moi signes d’éducation, de respect de l’autre, et de respect de soi. On pourrait donc inviter les hommes à prendre aussi soin d’eux au lieu de proposer aux femmes de lâcher. Passer ma journée avec un homme négligé, je ne veux même pas y penser.

Les conseils des médias peuvent donc être lus comme étant des conseils à rester désirables sans être pour autant des objets. D’abord on peut ne pas les suivre et ensuite ils doivent nous permettre de continuer à nous plaire.

Ce qui est nommez « la charge esthétique » dans l’article est selon ma conception de la vie le plaisir d’être belle. Comme le dit Chimamanda Ngozi Adichie qui écrit dans « Nous sommes tous des féministes : « J’ai décidé de ne plus mettre un bémol à ma féminité. Et je veux qu’on me respecte en tant que femme. J’y ai droit… J’adore me jucher sur des talons hauts ou essayer différents rouges à lèvres...Le regard de l’homme en tant qu’arbitre de mes choix est essentiellement anecdotique. »


« Libérées, le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale » disent les deux auteures. Libérées oui, féministes engagées oui, mais soignées et revendiquant la séduction. Je revendique une égalité de traitement, le libre choix de ma vie et j’en sais quelque chose ayant toujours pris mes décisions seule, le partage des tâches et mon mari en sait aussi quelque chose, mais aussi le droit de séduire sans lequel aucune relation humaine n’a de sens, le droit et l’envie d’être folle de fringue, de mettre du rouge à lèvres tous les jours du confinement et une robe le soir pour diner. Je le revendique pour toutes les femmes qui en auraient envie. Je termine mon coup de gueule de la journée par cette citation de Louise de Vilmorin que certaines d’entre vous penseront surement surannées mais que je considère comme tout à fait d’actualité.


Bonne lecture., je repars me mettre du rouge à lèvres.

« A peine prononce-t-on le mot de coquetterie qu’une idée de frivolité s’y attache ; et pourtant j’estime que la coquetterie qu’elle soit de l’ordre moral et liée à la conscience, ou que liée à la conscience de l’apparence, elle soit l’expression du désir de charmer, n’en est pas moins toujours une forme de l’inquiétude… Et je ne connais rien de plus touchant que cette insatisfaction de soi-même, ce besoin de s’embellir, cet effort pour atteindre l’image qu’on veut donner de soi et cette persistance à se composer de telle sorte qu’on se sente plus tranquille. Les femmes qui se trouvent bien telles qu’elles sont et prétendent plaire sans user du moindre artifice, celles qui affichent le dédain de la parure affichent en même temps une prétention plus inquiétante que l’excès de coquetterie. Quant à celles qui ne veulent pas plaire ou qui ne craignent pas de déplaire, elles me font peur, leur compagnie m’est dangereuse et je prends soin de les éviter ». Louise de Vilmorin, Articles de Mode.

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